Extrait d'enluminure

XLIe Congrès de la SHMESP Lyon, 3-6 juin 2010

Les relations diplomatiques au Moyen Âge : sources, pratiques, enjeux

Les propositions de communications doivent être adressées au secrétariat de la SHMESP avant le 4 mai 2009, délai de rigueur, exclusivement par courrier électronique. Elles doivent être accompagnées d’un résumé d’une page, à défaut duquel il ne sera pas possible de les prendre en compte. Le comité scientifique fera connaître fin mai – début juin les contributions retenues. Il se réserve la possibilité de regrouper, si nécessaire, certaines communications au sein d’une table ronde. Les sociétaires intéressés sont invités à prendre attentivement connaissance des grandes orientations fixées par le comité scientifique.

Un atelier de doctorants sera également organisé pendant le congrès : la durée de chaque communication sera limitée à 15 minutes ; les sujets proposés doivent aussi s’inscrire dans le cadre de réflexion présenté ci-dessous. Les directeurs de recherche sont invités à informer au plus vite les doctorants susceptibles d’être intéressés. Ceux-ci se manifesteront également auprès du secrétariat de la SHMESP avant le 4 mai 2009, exclusivement par courrier électronique, en joignant un résumé d’une page. Les candidats retenus bénéficieront d’une bourse.

Texte d’orientation du comité scientifique

Selon l’usage, nous sollicitons les contributions de tous ceux qui, dans notre Société ou à ses marges, trouveraient dans le thème matière à nourrir notre réflexion commune sur « Les relations diplomatiques au Moyen Âge : sources, pratiques, enjeux », à partir de leur propre champ de recherche, en considérant documents écrits et images, voire objets de la culture matérielle.

Les relations diplomatiques, envisagées comme le lieu de construction de la médiation, avec leurs normes et leurs rituels, leurs outils (dont les lettres), leurs modalités concrètes (articulation des pratiques de l’oral et de l’écrit), leurs intentions et résultats sont une alternative de l’affrontement, du recours aux armes et à la violence politique, tout en demeurant l’expression d’un rapport de forces. Elles constituent aussi une part significative et peut-être trop négligée des pratiques de l’échange social et de la communication.

Évitant de partir d’une définition trop contemporaine des relations diplomatiques (les relations politiques entre les États), mais sans se priver d’analyses à caractère historiographique, on se fixe comme objectif de retrouver les conceptions médiévales de la diplomatie en étudiant le vocabulaire et en construisant les champs sémantiques pertinents. Au vu des recherches récentes sur le sujet, il semble que l’on puisse aborder la question des relations diplomatiques d’un double point de vue : celui des formes de l’échange (les rituels, gestes, paroles, écrits) et celui de la technique proprement dite (le travail diplomatique). À ces deux approches complémentaires, on donnera une perspective dynamique, en insistant sur le rôle des relations diplomatiques dans la construction des identités institutionnelles et des formes de la représentation.

Nous entendons couvrir l’ensemble de la période médiévale et accorder toute leur place à chacune des aires politiques et culturelles dont nous sommes familiers, que ce soit Byzance, les pays musulmans, l’Occident chrétien, sans oublier les mondes lointains (Inde, Chine…). Ces aires seront étudiées en elles-mêmes ainsi que, lorsque c’est possible, dans leurs relations mutuelles. L’étude de situations limites où la diplomatie est volontairement ignorée (conquête, colonisation…) permettra de réfléchir aux conditions mêmes de
l’instauration de relations diplomatiques.

Ces relations concernent au premier chef la papauté, les empires, les royaumes, les principautés. Il nous paraît tout aussi important d’inclure dans le programme l’activité diplomatique des villes et de certaines communautés rurales, voire des ordres religieux (et parmi eux, les ordres militaires). La diplomatie concerne aussi les universités, les conciles ou bien encore les « condottieri »… Dans tous les cas de figure, on s’interrogera sur le mandat créateur de représentation diplomatique et sur les modèles auxquels se réfèrent les mandants et mandataires : survie des modèles antiques (légation), élaboration de modèles chrétiens (la cour céleste et ses ambassadeurs, les lettres tombées du ciel, les serviteurs du diable), confrontation entre des modèles de représentation différents.

Sans préjuger de la distribution des communications au cours de la rencontre, l’étude des relations diplomatiques appelle un éclairage sous les trois angles principaux explicités dans le sous-titre : sources, pratiques, enjeux.

Au sujet des sources, on fera le point sur la documentation immédiate, sa typologie (livres de cérémonie, lettres de créance, sauf-conduits, lettres d’ambassade, instructions, pouvoirs, rapports etc.), son évolution quantitative et qualitative et sa conservation, sans négliger la migration de ces écrits dans d’autres contextes documentaires ni les traces de l’activité diplomatique enregistrées dans des sources variées (chroniques, récits de voyages,
comptabilités…). On s’interrogera sur les procédés de production de ces documents : rapport d’un document avec des écrits antérieurs ; rapport entre écriture et oralité ; échos du discours diplomatique dans l’écrit. Le concours des historiens de l’art, des archéologues et des spécialistes de la littérature est d’autant plus souhaitable qu’il est susceptible d’introduire des perspectives nouvelles ou inattendues.

L’étude des pratiques diplomatiques devrait conduire à mettre principalement en
valeur :
- les conditions concrètes de l’échange diplomatique, des contacts discrets aux
rencontres au sommet : les hommes et les femmes, les qualités requises, les
voyages et les itinéraires, le financement des missions, la gestion du temps, le
choix des lieux, les langues et les interprètes, les banquets et les cadeaux
diplomatiques…
- les modes de communication et leur interaction : communication écrite et
verbale ; rituels et cérémonialisation ; secret, écritures chiffrées et langages
codés…
- les issues et conséquences de la négociation : succès/échec ; les traités
diplomatiques et leurs effets économiques ; les mariages ; les conséquences
culturelles (l’ambassadeur et la diffusion des idées, des livres, etc.)…

Quant aux enjeux des relations diplomatiques médiévales, ils concernent :
- les acteurs eux-mêmes : interaction entre pratique diplomatique et « carrière »,
professionnalisation progressive de cette activité (prosopographie des messagers,
hérauts, ambassadeurs, procureurs, légats…) ;
- les rapports entre la diplomatie et des activités connexes (espionnage) ;
- l’articulation calculée entre la diplomatie et la violence ;
- le rôle des relations diplomatiques dans les processus d’institutionnalisation.

Au total, le Congrès sera l’occasion de s’interroger sur la validité de l’objet historique que peut représenter la diplomatie au Moyen Âge, de construire l’articulation entre les techniques de la diplomatie et l’art de négocier, et de réexaminer la place des relations diplomatiques dans les sociétés médiévales et la place de la diplomatie médiévale dans l’histoire de la diplomatie tout court.