Extrait d'enluminure

Appel à communication - Innovation et communautés médiévales

Appel à communication

Innovation et Communautés médiévales en Europe du Nord-Ouest

Université de Münster 20-22 novembre 2019

Argumentaire
Un enquête récente réalisée en Allemagne a montré que face à la révolution numérique et à l’accélération des innovations technologiques dans le domaine de l’information, nombre d’hommes et de femmes observaient ces changements technologiques avec autant de curiosité que d’appréhension, craignant un surmenage inévitable sur le front de leurs activités professionnelles. Si la fascination pour ces innovations peut constituer une force motrice pour une adaptation à ce ‘nouveau monde’, la crainte engendrée prouve qu’après deux siècles de modernité, l’émergence d’innovations technologiques et économiques continue à nourrir des sentiments ambivalents. Ce regard sur les sociétés contemporaines remet en question le lien bien établi entre innovation et modernisation. Toutefois ce phénomène est loin d’être propre aux sociétés modernes et contemporaines et la fin du Moyen Âge, qui n’a encore jamais fait l’objet d’une étude systématique sur ce sujet, se révèle essentielle pour comprendre les mécanismes humains d’adaptation, mais aussi les enjeux culturels qui facilitent ou bloquent les transitions. Débarrassés de toute perspective téléologique sur l’innovation, la période (XIIIe- début XVIe siècle) et l’espace (Europe du Nord-Ouest) que nous souhaitons placer au cœur de cette rencontre pourront servir de laboratoire d’analyse, afin d’estimer les conditions de réception de l’innovation et les réactions suscitées par l’irruption de la nouveauté.

Si pour nombre de théologiens du Moyen Âge, l’innovation ne peut être que réforme, cette posture n’empêche pas les hommes de la pratique, du commerce, de l’artisanat, d’innover sans le dire et d’introduire toutes sortes de nouveaux outils favorisant leur art. Les subterfuges existent pour, en quelque sorte, « faire du vieux avec du neuf ». Mais créer de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes, ne suffit pas. Encore faut-il que ces nouvelles manières de faire et de penser soient acceptées par les communautés auxquelles elles s’adressent, ou, pour le dire avec les mots de J. Schumpeter : « Pour qu’une idée devienne innovation, il faut encore qu’elle soit socialement adoptée ». Le choix des mots, les stratégies de communication, les intentions d’optimisation, les promesses d’amélioration ou de maintien de conditions de vie favorables (l’impôt permanent pour entretenir les armées et donc protéger les peuples en est un parfait exemple), etc., sont autant d’étapes qui structurent les processus d’innovation non seulement dans un sens linéaire, mais aussi dans un sens itératif, ce qui inclut avancement, recul, adoption, recombinaison, échec et reprise.

Ce colloque visera par conséquent, non pas à repérer les innovations, ce qui aboutirait à une sorte d’inventaire stérile, mais à cibler les réactions qui entourent l’accueil de la nouveauté. L’enquête s’appuiera sur différentes communautés médiévales que sont les marchands, les artisans, les religieux, les universitaires, les gens d’armes, les officiers comptables, les théoriciens du politique, etc., afin de mêler théorie et pratique pour éventuellement élaborer un ‘idéal-type’ de l’acceptation de l’innovation. En observant les niveaux de connaissance, la force des convictions, les processus de décision, les contextes économiques, les capacités de résistance, les stratégies de communication, nous espérons pouvoir cibler les étapes qui permettent de comprendre les mutations sociétales et in fine, tenter de répondre à la question programmatique de cette rencontre : En quoi l’innovation participe-t-elle de la redéfinition des groupes sociaux entre le XIIIe et le XVIe siècle ?
Inscrit dans un vaste programme de recherche, dédié à l’étude de l’innovation en contexte à la fin du Moyen Âge, l’objectif de ce premier colloque, dont le but est d’amorcer une collaboration suivie autour de ce thème de recherche, sera donc triple :
1) Observer l’accueil de l’innovation en fonction des communautés étudiées.
2) Repérer des stratégies de diffusion ou de refus, toujours en fonction des différentes communautés retenues.
3) Comprendre le complexe régime de novation et de transformation dans ces sociétés pré- modernes qui, d’un côté réprouvent « la novelleté », et de l’autre répondent à des impératifs de changement.

Dans la mesure où cette rencontre se situe dans une étape liminaire à une investigation de longue durée, et peut être considérée comme un vaste atelier de travail collectif, les organisateurs ont souhaité ouvrir largement l’éventail des communautés médiévales envisagées dans les rapports qu’elles nourrissent avec l’innovation. Les contributions individuelles auront pour but de donner une vue d’ensemble des domaines privilégiés afin d’identifier des pistes de recherche à approfondir. Les questions suivantes, qui n’épuisent pas l’ensemble des interrogations motivées par un tel sujet, pourront guider les chercheurs impliqués : À qui doit- on ces innovations ? Comment et où sont-elles critiquées ou légitimées ? Qu’est ce qui favorise ou entrave l’acceptation de la nouveauté au sein et en dehors du monde urbain ? Quel rapport au temps nourrit ce régime de novation ? Comment l’individu peut-il concilier efficacité technique et quête du Salut ? Qui doit être convaincu et qui peut être convaincu ? Comment s’équilibrent la part de l’ancien et celle de la nouveauté ? Qui sont les gagnants et les perdants des nouveautés ? Ces différences entraînent-elles des troubles et/ou des mécanismes de compensation à élaborer ?

Les langues utilisées lors de cette rencontre seront principalement le français et l’allemand, (l’anglais pourra servir de langue de discussion).
Les frais sont intégralement pris en charge par les organisateurs.

Les propositions, comprenant un titre et un résumé de 1500 caractères, sont à soumettre à Elodie.lecuppre univ-lille.fr et à nils.bock uni-muenster.de avant le 1er juin 2019.